L’arrivée d’un nouvel actionnaire a contraint l’entreprise belge Massive à centraliser sa gestion de trésorerie. Comme les divisions locales jouissaient d’une grande autonomie dans le passé, le spécialiste de l’éclairage a opté pour la technique du Notional Pooling.
Au fil des ans, la famille De Jaeck a
fait de l’entreprise familiale Massive un leader du marché européen dans le
secteur de l’éclairage de grande consommation. L’entreprise, réalise un chiffre
d’affaires consolidé de 342 millions d’euros et emploie 4.790 personnes
à travers le monde. Massive est entré dans le nouveau holding Partners in
Lighting International (PLI). En 2004, Modular Lighting Instruments, spécialiste
de l’éclairage d’architecture design rejoint le groupe. En 2006, ce fut au tour
de l’Allemand Trio Leuchten, grâce auquel PLI a accédé au segment des magasins
de meubles.
Gestion de trésorerie centralisée :
un exercice délicat
Jean-Pol Van de Velde, Legal & Banking
Manager chez Partners in Lighting International explique comment Massive s’est
tourné vers une trésorerie centralisée.
En quelques années, l’entreprise
familiale a changé en profondeur. La politique financière a été radicalement
revue. Dans le passé, Massive avait délibérément opté pour une structure
décentralisée. La direction locale pouvait ainsi déterminer de manière autonome
sa politique commerciale et financière. Comme chaque pays possédait ses propres
coutumes et traditions bancaires, les différents établissements travaillaient
avec des banques locales : Commerzbank en Allemagne, La Caixa en Espagne, etc.
« Chacun faisait un peu ce qu’il voulait
mais à l’échelon local, les flux financiers étaient optimisés. Comme la maison
mère disposait d’un confortable matelas de liquidités et que peu de crédits à
court terme étaient utilisés, nous bénéficiions partout de taux très avantageux.
De ce fait, nous n’avions aucune raison de centraliser les flux financiers. »
Le rachat de Massive par CVC Capital
Partners a modifié radicalement la donne financière, car l’endettement plus
élevé a définitivement mis un terme aux taux avantageux.
« La marge sur nos crédits à court terme
est tout à coup passée à 2,25%, de sorte qu’il y a cinq ans, nous avons été
contraints de centraliser la gestion de trésorerie. Une opération
particulièrement délicate. En effet, après des années d’autonomie, les
départements financiers locaux ont dû renoncer à une partie de leur pouvoir. »
Zero balancing : optimal mais
nécessite beaucoup de travail
Afin de centraliser, et donc
d’optimiser, la gestion de trésorerie, il existe différentes techniques. Dans le
cas du zero balancing, tous les comptes du groupe sont rassemblés chaque jour
sur un compte principal. De cette façon, les soldes créditeurs et débiteurs se
compensent, ce qui permet d’éviter des intérêts débiteurs superflus. Cette
technique permet une gestion de trésorerie optimale, mais présente
l’inconvénient d’entraîner un supplément de travail administratif. L’entreprise
doit en effet enregistrer chaque jour toutes les opérations. De plus, cette
technique engendre davantage d’obligations fiscales.
Notional pooling : convivial mais
moins flexible
Avec le notional pooling, l’argent reste
sur les comptes locaux. Il n’est donc pas transféré chaque jour sur le compte
principal, mais les intérêts sont calculés sur le solde cumulé.
« Ce n’est pas une solution optimale.
Supposez que vous ayez un solde débiteur de 5 millions d’euros dans un pays et
un solde créditeur de 5 millions d’euros dans un autre pays, vous devez quand
même payer une indemnité à la banque, parce que ce solde débiteur est inscrit
dans ses livres. Avec le zero balancing, vous ne payez pas d’indemnité dans ce
cas. »
Un autre inconvénient de cette technique
est que vous devez attribuer des lignes de crédit.
« Dans le cadre du syndicated loan,
nous disposons d’une ligne de crédit de 35 millions d’euros pour nos besoins en
fonds de roulement. Deux millions et demi sont affectés à Massive Allemagne, et
autant à Massive Italie. Si l’Allemagne a besoin de fonds de roulement
supplémentaires alors que la ligne de crédit n’a pas encore été utilisée
complètement en Italie, nous ne pouvons pas affecter l’excédent de l’Italie à
l’Allemagne sans adapter formellement l’affectation de la ligne de crédit via la
banque. »
Jongler avec différentes devises
Malgré cet inconvénient, Massive a opté
pour la technique du notional pooling. Massive est en effet un acteur
international aux nombreuses ramifications, avec des entités locales souvent
petites. De ce fait, de nombreuses devises étrangères circulent dans
l’entreprise : dollars, francs suisses, zlotys, couronnes slovaques, couronnes
tchèques, livres sterling, etc. Comme dans un système de zero balancing tous les
fonds sont à proprement parler transférés vers un compte central, toutes les
devises doivent être converties chaque jour en euros, puis de nouveau en devises
locales le lendemain. Ces opérations entraînent une charge de travail
administratif encore plus lourde dans la pratique. Le notional pooling, en
revanche, permet de travailler avec plusieurs devises dans le même pool. Les
devises étrangères ne sont converties en euros que pour le calcul des intérêts,
sans qu’une conversion physique soit nécessaire.
Plus grande implication locale
La principale raison du choix du
notional pooling est toutefois d’ordre psychologique.
« Pour centraliser avec succès la
gestion de trésorerie, vous avez dans tous les cas besoin du soutien du
personnel local, d’autant plus que le groupe possède une structure
décentralisée. Si les filiales locales ont l’impression qu’elles n’ont plus voix
au chapitre, elles risquent de négliger la gestion de leur actif circulant
(suivi des débiteurs, gestion du stock, paiement des fournisseurs…), ce qui est
néfaste pour l’évolution des fonds de roulement et influence négativement la
position de trésorerie du groupe. Et la trésorerie est un indice de valeur
important pour un actionnaire investissant du capital-risque. Cette tentation
est particulièrement grande avec le zero balancing, puisque le solde du compte
local est transféré chaque soir sur le compte central, de sorte que le compte
local clôture chaque jour à 0 euro. Le personnel local sera moins enclin à faire
des efforts, étant donné qu’il n’en voit pas le résultat. Avec le notional
pooling, la gestion du compte et le respect de la ligne de crédit locale sont
maintenus au niveau local, de sorte que le personnel est beaucoup plus
impliqué. »
Une plate-forme Internet performante
Jean-Pol Van de Velde est plus que
satisfait de la collaboration avec Fortis International Notional Pooling.
« En parallèle, nous avons un petit pool
de quelques entreprises d’Europe de l’Est pour lesquelles nous collaborons avec
un autre partenaire financier, mais ce système est beaucoup moins convivial. À
la fin du mois, nous recevons une pile de papiers, tandis que chez Fortis, nous
disposons d’une plate-forme Internet performante sur laquelle nous pouvons
suivre chaque jour nos positions. Nous pouvons par exemple consulter le montant
des intérêts avec et sans le système de pooling. De cette façon, nous pouvons
montrer à la direction de chaque pays quel avantage elle tire du système. »
Économies
L’expérience apprend qu’un cash-pool
fonctionne de manière optimale lorsque le débit et le crédit se compensent
autant que possible. Chez Partners in Lighting International, l’Espagne, la
Suisse et les Pays-Bas ont traditionnellement un solde positif sur leur compte.
L’Allemagne et l’Italie sont régulièrement sous zéro.
« Pourtant, chaque pays profite du
pooling. Afin que la situation fiscale reste acceptable, les filiales qui sont
débitrices continuent à pays des intérêts, mais d’un montant légèrement
inférieur que s’il n’y avait pas de pool, tandis que les filiales qui sont
créditrices reçoivent un peu plus d’intérêts qu’auparavant. »
Le passage à un système centralisé de
gestion de trésorerie s’est très bien passé.
« Dès que la décision de centraliser la
gestion de trésorerie a été prise, tous les directeurs financiers du groupe ont
été invités au siège central (Kontich, Belgique) pour une explication de la
nouvelle méthode de travail. Au fond, peu de choses ont changé pour eux. Pour
les aspects opérationnels, les filiales locales peuvent continuer à collaborer
avec leurs partenaires financiers locaux si nécessaire (besoin de petites
liquidités, habitudes de paiement locales telles que « recibos » et « pagares »
en Espagne…). En outre, nous avons ouvert dans chaque pays un compte Fortis sur
lequel les liquidités excédentaires sont rassemblées. »
L’outil Internet de Fortis permet de
voir facilement quelles économies sont réalisées.
« Partant d’un intérêt débiteur de 8% et
d’un intérêt créditeur de 0,5%, notre système de cash pooling nous a permis de
réaliser une économie de 53.000 euros en septembre. J’admets que nous nous
basons sur des taux relativement extrêmes, mais même si l’économie n’était que
de moitié, cela vaudrait encore la peine d’avoir recours au cash pooling. »
Cash pooling hors d’Europe
Le regroupement des comptes de
différents pays reste pour l’instant une affaire européenne, car des
restrictions légales empêchent la mise en place de systèmes de cash pooling en
Chine et à Hong-Kong. Ce handicap n’est pas à sous-estimer pour Partners in
Lighting International. En effet, les sites de production en Chine génèrent
d’importants flux de liquidités en Chine et à Hong-Kong, qui pour l’instant, ne
sont pas inclus dans le pool.
« Fortis met actuellement en place une
structure à Hong-Kong. Le but est de créer un notional pool là-bas et
d’instaurer une passerelle avec les systèmes européens. »
Une gestion de trésorerie optimale
évolue
Même si Jean-Pol Van de Velde est
particulièrement satisfait du système existant de notional pooling, il n’exclut
pas que Massive passe à terme au zero balancing. Ces dernières années, Massive a
évolué d’un groupe décentralisé à un groupe de plus en plus centralisé, ce qui a
entraîné une modification des mentalités parmi le personnel local. Depuis cette
année, un projet pilote auquel participent Massive France et Modular Lighting
Instruments est en cours. Jean-Pol Van de Velde joue également avec l’idée
d’intégrer l’Allemagne à ce pool.
« Trois facteurs sont importants pour la
réussite de l’introduction du zero balancing : des systèmes de traitement
administratif performants, le respect de règles de comportement définies en
interne (respect des lignes de crédit internes, par exemple) et surtout, du
personnel local qui outre son intérêt, voit aussi celui du groupe. »